Capitale de la Guinée, Conakry est une ville-monde, façonnée par l’histoire, les luttes et les circulations culturelles. Haut lieu du panafricanisme, la Guinée fut, en 1958, le premier pays d’Afrique subsaharienne à refuser la colonisation, affirmant une souveraineté politique et culturelle qui continue de marquer profondément l’identité du pays et de sa capitale. Cette prise de position historique a fait de Conakry, à l’époque, un espace d’accueil, de refuge et de création pour de nombreux·ses artistes, intellectuel·le·s et militant·e·s africain·e·s, contribuant à en faire un foyer majeur de production culturelle sur le continent. Ville de musique, de paroles et de récits, Conakry a placé la culture au coeur de son projet de société. Dès les premières années de l’indépendance, l’État guinéen a soutenu activement les arts, les formes d’expression populaires et les traditions orales, tout en encourageant l’émergence de créations contemporaines. Cette politique a permis le développement d’une scène artistique foisonnante, où se croisent héritages et expérimentations, mémoire collective et écritures nouvelles.
Mais le régime de Sékou Touré fut également marqué par une répression forte des opposants, une propagande d’Etat puissante qui mettait aux pas les productions culturelles au service de l’Etat.
Aujourd’hui, Conakry est portée par une jeunesse nombreuse, inventive et engagée, qui investit les champs de la littérature, du slam, du rap, des arts visuels, du cirque, du cinéma ou encore du théâtre. Malgré les défis sociaux, économiques et politiques, les jeunes créateur·rice·s s’emparent de la ville comme d’un laboratoire pour y réinventer de nouvelles formes de narration et de transmission, et ainsi, affirmer la culture comme un espace de liberté, de résistance et de projection vers l’avenir.
Africapitales Conakry à Paris souhaite donner à voir la complexité historique et culturelle de cette ville et donner la voix à sa jeunesse, à ses artistes émergents et à ses femmes créatrices, porteuses de récits puissants et novateurs. C’est aussi un geste politique, un espace de réflexion qui invite les publics à découvrir l’histoire culturelle complexe de la Guinée mais également à découvrir sa richesse culturelle d’hier et d’aujourd’hui.
Construit collectivement avec les partenaires guinéens et parisiens, cette hyper-rencontre est un dialogue vivant, un croisement des regards, et une porte ouverte vers de futures collaborations possibles, dans l’espoir de faire émerger des écosystèmes culturels solides et durables entre Paris et Conakry.
Édito
La Guinée revient en pleine lumière, portée par sa jeunesse, adossée à une mémoire immense Conakry et Paris se font face comme deux rives d’un même courant : celui d’une culture guinéenne qui circule, se transforme, et ne cesse jamais de renaître. Ici, la création n’efface pas l’héritage : elle le réveille. Elle le met en mouvement. Elle le rend contemporain.
Depuis des décennies, la Guinée a offert au monde des ambassadeurs artistiques dont la trace demeure vivante : Les Ballets Africains, fondés à Paris par Keïta Fodéba, ont fait de la scène un espace de récit, de rythme et d’unité, avant de devenir l’ensemble national après l’indépendance Le Bembeya Jazz, a inscrit dans les guitares électriques et les voix mandingues une modernité africaine puissante, toujours citée comme un pilier de la musique guinéenne.
Aujourd’hui, la nouvelle génération ne rompt pas : elle prolonge et elle invente. Elle fait dialoguer les codes — afro-pop, reggae, R&B, sonorités mandingues, zouk, afrobeat — tout en gardant la pulsation guinéenne au centre : Et autour d’eux, le socle reste debout : les percussions, les maîtres et les passeurs — comme Famoudou Konaté, reconnu pour son oeuvre musicale et écrite autour des traditions rythmiques.
Dans cet élan, Africapitales veut dire quelque chose de simple et d’exigeant : redonner de la couleur à la vie, faire de la culture un espace de dignité, de transmission et de futur. Car la Guinée, c’est aussi un peuple généreux, une énergie collective, une manière unique de faire communauté par la musique, la danse et la parole.
Enfin, comment ne pas saluer celles et ceux qui portent cette ambition au niveau public ? À la date où j’écris, le Ministre de la Culture et de l’Artisanat de la République de Guinée est M. Moussa Moïse Sylla. À lui, et à l’ensemble des équipes culturelles guinéennes, Africapitales adresse un hommage respectueux : pour l’effort de structuration, de visibilité et de rayonnement — ce travail patient qui transforme l’art en force d’attraction, en confiance, en puissance douce.
Khalid Tamer Directeur du festival Africapitales